Influences environnementales sur les habitudes de vie et la santé des aînés

20/06/2012 13:30

 

Analyse de la cohorte Voisinuage

 

Lucie Richard1-4, Lise Gauvin3, 5-6, Yan Kestens3, 5-7, Bryna Shatenstein4,8, Hélène Payette9,10, Mark Daniel6,11, Geneviève Mercille2

 

 

Méthodologie:

Associations entre accessibilité aux services et ressources communautaires et fréquence de la marche à l’extérieur du domicile : les participants, résidants de Montréal et Laval et n’ayant pas déménagé depuis leur inscription dans la cohorte NuAge, ont été recrutés à l’année trois du suivi.

 

L’effectif était de 521 personnes. Une des questions posées durant l’entrevue avait trait à la marche : « Durant les sept (7) derniers jours, combien de fois êtes-vous allé(e) vous promener à l’extérieur de votre maison ou de votre jardin ? Par exemple, pour vous détendre ou pour faire de l’exercice, pour promener le chien, pour se rendre au travail, etc. ? Quatre catégories de réponses étaient offertes : jamais, rarement (1-2 jours), parfois (3-4 jours), souvent (5-7 jours). Cette question a été posée trois fois sur une période de quatre ans permettant ainsi de mieux saisir l’évolution des pratiques de marche.

 

D’autres questions ont été posées pendant l’entrevue. On a notamment documenté l’âge, le sexe, la scolarité, l’état matrimonial, le revenu, le pays de naissance, l’autonomie fonctionnelle, la dépression, la qualité de vie reliée à la santé, la participation sociale et les habitudes alimentaires. De même, pour mieux comprendre le rôle du réseau social et des caractéristiques du logement, des informations ont été recueillies sur le nombre d’enfants habitant dans le quartier, la proximité et la disponibilité du soutien social, le statut de propriétaire ou de locataire de la résidence, le nombre d’années de résidence à l’adresse actuelle, le nombre d’années de résidence dans le quartier et le sentiment d’appartenance au quartier.

 

Les perceptions de l’environnement piétonnier et des services de transport ont aussi été sondées, telles la convivialité de l’environnement piétonnier, la disponibilité d’une station de métro ou d’un arrêt d’autobus à proximité. La possession d’un permis de conduire et l’accès à un véhicule dans le ménage ont également été documentés. Les perceptions des ressources ont été évaluées, plus spécifiquement en ce qui a trait à l’accessibilité à pied (moins de cinq minutes de la résidence) de seize ressources et services communautaires (ex. : supermarché, pharmacie, banque, centre communautaire, café-bistro, lieu de culte, bibliothèque, etc.).

 

Par ailleurs, des données sur l’accessibilité réelle aux ressources générales ont été établies à partir du système d’information géographique Mégaphone. Pour chaque participant, la distance résidence-ressource la plus courte par le réseau piétonnier a été déterminée pour les seize types de ressources évoquées plus haut : banque, bibliothèque, librairie, théâtre/ cinéma, lieu de culte, centre communautaire pour aînés, plateau sportif (activités dirigées), plateau sportif (activités non dirigées), pharmacie, supermarché, centre commercial, dépanneur,magasin d’alimentation spécialisé, café-bistro, restaurants et restaurants de type minute (fastfood).

 

Une analyse visant à produire un résumé de l’information obtenue pour chacune des ressources a été conduite (analyse en composantes principales) et les scores ainsi obtenus ont été transformés en quartiles de distances moyennes aux services : le plus près (648 m), assez près (888 m), loin (1184 m) et le plus loin (1899 m).  

La nouvelle santé publique a ramené à l’avant-plan un agenda de recherche et d’action accordant une large place à l’étude des déterminants sociaux et environnementaux de la santé et de la qualité de vie. Depuis plusieurs années, un grand nombre d’études ont montré des liens étroits entre d’une part, les conditions de vie dans les quartiers, comme la cohésion sociale et les caractéristiques physiques et, d’autre part, divers aspects de la santé (Chaix, 2009 ; Riva et al., 2007).

 

L’examen de ce type de question dans le contexte de la population aînée est relativement récent et plusieurs questions subsistent. L’étude VoisiNuAge vise à pallier ces lacunes en assemblant une banque de données issue de deux initiatives canadiennes de recherche majeures : l’étude NuAge (Gaudreau et al, 2007 ; Payette et al., 2010) et le système d’information géographique Mégaphone (Montreal Epidemiological and Geographical Analysis of Population Health Outcomes and Neighbourhood Effects) (Daniel et Kestens, 2007).

 

L’étude NuAge (l’étde longitudinale québécoise de la nutrition comme déterminant d’un vieillissement réussi) a été conçue pour établir le rôle de la nutrition dans un vieillissement réussi. Le devis de recherche implique la collecte de données longitudinales d’une variété de mesures nutritionnelles, fonctionnelles, médicales, biologiques et sociales auprès d’un échantillon de 1793 adultes âgés, sur une période de quatre années (Gaudreau et al., 2007 ; Payette et al., 2010).

 

Mégaphone est un système d’information géographique (SIG) visant à caractériser les environnements physique et social dans le but de mieux comprendre les déterminants contextuels de la santé dans la région montréalaise. Mégaphone a été développé dans un objectif de soutenir la communauté de recherche en santé des populations à Montréal et plus largement, au Québec et au Canada (Daniel et Kestens, 2007).

 

Impliquant un suivi des participants sur quatre années et faisant appel à des méthodes quantitatives novatrices, VoisiNuage vise la modélisation des patrons de relations entre des facteurs liés à l’individu, des facteurs liés à son quartier de résidence, et les trajectoires de comportements en lien avec la marche dans un premier temps et la nutrition, la participation sociale et des états de santé mentale.

 

Un exemple d’étude

Analyse

Nous avons mené une série d’analyses pour examiner d’abord, comment les pratiques de marche évoluaient dans la cohorte afin de déterminer si l’accessibilité réelle aux ressources était associée à la fréquence de la marche en tenant compte d’autres facteurs qui auraient pu expliquer les associations.

 

Résultats

Globalement, les résultats indiquent que les pratiques de marche des participants demeurent assez stables tout au long des quatre années. Bien que quelques personnes accroîssent significativement leur pratique de la marche et que d’autres affichent plutôt une diminution, les habitudes demeurent relativement inchangées.

 

D’autre part, on trouve qu’une meilleure accessibilité aux seize ressources et services de proximité est associée à une fréquence de marche plus élevée. Les résultats montrent également que l’accessibilité est associée à un meilleur maintien de la fréquence de marche entre la deuxième et la troisième année de suivi. Ces associations ne peuvent être expliquées par l’état de santé des participants ni par la perception qu’ils ont des ressources.

 

Conclusion et pistes futures

Une meilleure accessibilité aux ressources et services de proximité est associée à des fréquences de marche plus élevées de même qu’au maintien de cette habitude de vie chez les aînés.

 

D’autres études sont en cours pour répliquer ces premiers résultats, notamment en considérant des mesures alternatives de l’accès aux ressources (ex. : densité des ressources), de nouveaux types d’habitudes de vie (habitudes alimentaires, participation sociale) et de nouvelles dimensions de la santé (par ex. dépression, indice de masse corporelle).


Auteurs:

1 Faculté des sciences infirmières, Université de Montréal,

2 Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal,

3 Centre Léa-Roback de recherche sur les inégalités sociales de santé de Montréal,

4 Centre de recherche, Institut universitaire de gériatrie de Montréal,

5 Département de médecine sociale et préventive, Université de Montréal,

6 Centre de recherche, Centre hospitalier de l’Université de Montréal,

7 Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, Direction de la santé publique,

8 Département de nutrition, Université de Montréal,

9 Département des sciences de la santé communautaire, Université de Sherbrooke,

10 Centre de recherche sur le vieillissement, Université de Sherbrooke,

11 University of South Australia, Research Chair for Social Epidemiology.

 

 

Conférence des Tables régionales de concertation des aînés du Québec

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